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25 November 2013

Réflexions sur « la Charte »

Je suis convaincu que la plupart des personnes qui prennent position sur la prétendue Charte des valeurs ne l’ont pas lu et ne vont la lire. Ce constat s’applique autant aux partisans qu’aux opposants. Pourtant, le document avec toutes ses annexes et préambules ne compte que 20 pages (je n’ai pas compté les pages vides). Je l’ai lue.

Il faut dire que je l’ai lue avec des idées préconçues sur son contenu (comme tout le monde), mais je fais l’effort de ne pas critiquer un texte inconnu sur la base de rumeurs, mais sur le vrai texte et mes propres interprétations.

Soulignons que l’ignorance du contenu n’aide pas. Il y a des partisans de cette Charte qui vont déraper en harcelant les femmes musulmanes dans les espaces publics, même si rien dans ce projet de loi porte sur la tenue dans la place public. Une parallèle, peut-être, avec la Charte de la langue française, qui n’a jamais cherché de contraindre l’expression d’idées politiques dans la langue de choix de la personne qui s’exprime. (Je ne défendrais jamais un prétendu droit à la liberté d’expression commerciale.) Mais les limites de l’application de la Charte de la langue française n’ont jamais empêché aux fanatiques ignorants de déborder dans d’autres situations qui ne sont pas touchées par cette loi.

Un nom sans fin…pour une raison précise?

La première chose que vous allez remarquer en lisant le projet de loi est son nom : Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement. Beaucoup de mots, ça. Je me permets de penser qu’en cours de route, quelqu’un a signalé que les québécoises et les québécois ont beaucoup plus de deux valeurs et que le titre « Charte des valeurs québécois » ne correspondait pas avec le contenu du projet de loi. C’est dommage que le gouvernement n’a pas déclenché une réflexion sur l’ensemble de nos valeurs comme société, exprimés en termes plus positives — on aurait tout un débat différent en cours, un débat beaucoup plus rassembleur.

Dans le texte du projet de loi, nous arrivons très tôt à des signes d’hypocrisie ostentatoires : tout tient compte des éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec qui témoignent de son parcours historique (article 1). Un peu plus loin, on permet à l’Assemblée nationale d’approuver la présence d’un symbole religieux dans les locaux de l’Assemblée (article 39). Donc les traces de notre passée sous le contrôle de l’église catholique — des crucifix partout, les rues portant les noms de saints et de saintes — passent sous le rubrique « patrimoine culturel » et les autres religions se taisent.
http://en.wikipedia.org/wiki/Flying_Spaghetti_Monster

Pas croyant

Comprenez que je ne suis pas croyant de n’importe quelle religion : je suis fièrement athée et je pense que les croyants perdent leur temps et énergie avec leurs amis imaginaires. Cependant, je suis aussi d’opinion que toutes et tous ont ce droit au gaspillage si elles ou ils veulent, à condition de ne pas exiger que j’adopte leurs croyances. C’est pourquoi je trouve les deux premiers alinéas de l’article 20 tout à fait raisonnables : objectivité dans l’accomplissement de leurs tâches indépendamment de leurs opinions et croyances en matière religieuse et interdiction de prosélytisme. Mais explique moi donc l’exemption de l’application du premier aux médecins et pharmaciens permis par l’article 12 de ne pas recommander ou fournir des services professionnels en raison de leurs convictions personnelles. Ça pue de l’accommodement de professionnels de la santé qui refusent de respecter les gains des femmes québécoises par rapport à leurs choix de planification familiale, non?

Il y a une autre exception à l’article 11 pour les personnes qui offrent l’animation spirituelle dans des établissements de santé ou de détention ainsi que celles qui dispensent de l’éducation religieuse au niveau universitaire ou qui offrent l’animation spirituelle dans un cégep. Ces personnes sont exemptées non seulement du devoir de neutralité, mais aussi de la restriction quant au port d’un signe religieux. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi les contribuables, via l’État, paient cette chose qui contredit, selon ce projet de loi, nos valeurs de séparation de l’État et la religion et la neutralité religieuse de l’État? Personnellement, je serais prêt à accommoder un accès à ces personnes aux endroits visés, mais aux frais de leurs organisations religieux.

Où? Sur qui?

Avec ces exemptions, qui demeure couvert (ou bien découverthumeur mal placé)? Tous les employés de l’État, des organismes publics, des tribunaux, des instances administratives, des commissions d’enquête, l’Assemblée nationale. Et toute une section à part pour les services de garde éducatifs pour les enfants subventionnés par l’État. Pour ces derniers, à part les obligations vestimentaires et de neutralité, il y a l’article 30, alinéa 3, qui ne permet pas de pratique répétée qui tire son origine d’un précepte religieux, notamment en matière alimentaire, si elle a pour but (en mots ou en gestes) d’amener l’enfant à faire l’apprentissage de ce précepte. Plus de biscuits de noël? Ou sont-ils patrimoniaux, alors qu’on ne tolère pas l’apprentissage par rapport aux pâques juives? Je pense sérieusement à déposer une plainte contre chaque décoration de noël que je vais voir dans les bureaux gouvernementaux et certainement sur chaque crucifix que je vois dans de tels endroits.

L’article 10 pourrait étendre l’application de ces règles beaucoup plus loin, dépendant de l’interprétation qu’on va l’accorder. Là on parle de permettre aux organismes publics d’exiger le respect des règles énoncées dans le projet de loi par toute personne ou société il conclut un contrat de service ou une entente de subvention. Je me permets de penser que les qualificatifs de cet article — durée, nature ou lieu d’exécution — vont restreindre un peu son étendu, mais on va voir. Il faudrait préciser plus, je pense.

Les obligations des individus

Les articles 3 à 6 du projet de loi contiennent l’essentiel des obligations des individus : neutralité religieuse (sauf les médecins et pharmaciens, j’imagine), réserve en ce qui trait à l’expression de ses croyances religieuses, interdiction de porter un objet, tel un couvre-chef, un vêtement, un bijoux ou une autre parure marquant ostensiblement par son caractère démonstratif une appartenance religieuse et enfin, l’obligation de travailler à visage découvert, sauf si les conditions de travail ou les exigences de la fonction obligent de couvrir le visage. Ces articles sont réputés inclus dans tous les contrats de travail et des clauses contradictoires sont sans effet. Les demandes d’accommodement sont assujetties à des règles et restrictions et ne peuvent jamais porter sur ce que je vais appeler la tenue vestimentaire.

Les ministères et organismes visés auront une année pour produire une politique de mise en œuvre des dispositions, y compris les procédures pour traiter les demandes d’accommodement. Ce délai peut être repoussé pour quatre ans de plus sur résolution de l’entité concerné et encore plus loin sur approbation du ministre responsable.


Arrivons donc à l’aspect le plus discuté, sur le port de signes démontrant une appartenance religieuse. On dit que ceci n’est pas discriminatoire parce que les chrétiens aussi vont être obligés de ne pas porter d’énormes crucifix autour de leur cou. Rien de plus ridicule sauf, peut-être cette citation que j’ai trouvée concernant l’adoption d’une loi pour empêcher aux personnes de dormir sous les ponts d’une ville européenne : ce n’était pas discriminatoire envers les pauvres, parce que la loi interdisait aussi aux riches d’y coucher. Ce serait faux de conclure que la tenue vestimentaire de toute religion se ressemble et qu’une règle imposant des restrictions soit d’effet égal pour tout le monde. M’est-il possible de porter un hijab, en tant qu’homme et non-croyant? Pour moi ça n’indiquerait pas une appartenance religieuse, mais un choix de mode.

Ce qu’on fait, pas ce qu’on est

Je préfère la règle de juger les personnes et leur neutralité sur ce qu’elles font et non pas ce qu’elles sont. Après tout, c’est ça qui va démontrer la neutralité de l’État pour moi. Regardons les greffiers de certains états aux États-Unis ou les maires de certaines villes en France qui refusent de marier les couples de même sexe. Ces personnes ne portent pas de signes « ostentatoires » mais elles essaient d’imposer leurs croyances sur les autres. Ce qu’ils font et non pas ce qu’ils sont.
J’ai eu l’occasion de confronter mes propres attentes quant aux croyances et au professionnalisme d’une personne travaillant dans un centre hospitalier. Suivi depuis longtemps dans une clinique externe de dermatologie pour détecter et traiter des condylomes, j’ai souvent subi des traitements qui m’ont fait saigner livrés par des hommes hétéros inconfortables avec l’intervention requis. Un jour, la personne qui sortait avec mon dossier dans ses mains et appelant mon nom était une femme en hijab. J’étais certain que cette femme n’allait pas m’aimer et je ne sais pas si elle a formé une opinion sur moi ou sur mon histoire d’homme gai vivant avec le VIH. Ce que je peux témoigner, c’est son niveau de professionnalisme et respect en me traitant. C’est ça qui compte pour moi : ce qu’elle a fait et non pas ce qu’elle est, ni ma projection de mes attentes de ses attitudes basée sur sa tenue vestimentaire. J’ai eu à confronter mes préjugés ce jour-là et je suis assez gêné de les avoir eu et fier de m’en avoir débarrassé.

Parlons de l’insertion de certaines clauses dans la Charte des droits et libertés de la personne, affirmant la primauté de la langue française et de l’égalité entre femmes et hommes. Les documents de protection des droits de la personne existent pour protéger les minorités (et les personnes qui sont souvent traitées comme minorités, alors majoritaires : les femmes) dans une société. Les autres lois, par leur nature, imposent les règles de la majorité sur toute la société et en général, nous n’avons pas besoin de l’intervention judiciaire pour garantir le respect des droits de la majorité. Cette proposition de changement ne devrait pas être recevable.


Un contexte particulier

Le Québec a abandonné l’église lors de la révolution tranquille durant les années 1960, suivant des décennies de répression et de contrôle de l’église sur l’ensemble de la société. On peut dans ces circonstances comprendre un niveau de méfiance envers les vestiges de ce contrôle. De la même manière, nous avons des personnes plus récemment arrivées au Québec qui ont fui des régimes ou des insurgés fondamentalistes et ont vécu au moins le menace sinon l’expérience de répression religieuse. On peut donc comprendre leur méfiance des symboles de contrôle religieux aussi.

Mais ces contextes ne sont pas la réalité du Québec aujourd’hui et ne frappent pas à la porte non plus. L’expérience nous démontre que la participation à notre société a pour impact de changer les attitudes et les choix : les enfants des immigrants d’aujourd’hui vont pour la plupart avoir moins d’enfants que leurs parents, les jeunes font des amis dans leur groupe d’âge de différentes origines et s’intéressent aux mêmes groupes musicaux, etc. Exclure des personnes d’une participation active à la société à travers l’emploi va non seulement ralentir cette intégration, mais érigerait des barrières qui seront difficiles, voire impossibles à traverser.

Ce qui manque dans tout ça est la preuve que ces choses nommées sont vraiment nos valeurs fondamentales. La neutralité religieuse de l’État et l’égalité entre les femmes et les hommes sont parmi les valeurs de notre société et elles sont aussi loin d’être réalisées. Qu’est-ce qu’on fait pour encourager nos concitoyennes et concitoyens à les adopter et les avancer? Au lieu de punir et exclure, pouvons-nous miser sur la promotion de nos valeurs communes?

Oui, à la fin de cet exercice j’arrive à la même conclusion qu’avant. Je trouve les moyens et les objectifs de ce projet décevants. Il n’est pas trop tard de reprendre le projet autrement, de définir les multiples valeurs qui font en sorte que ceci est une société dans laquelle les gens viennent de loin pour vivre, et de trouver les moyens de promouvoir ces valeurs plutôt que de punir et exclure selon nos propres perceptions des attitudes de l’autre.

*****

L’Office national du film du Canada a créé un projet très intéressant en lien avec « la Charte » et je vous encourage de le visiter et l’essayer ici.

02 October 2013

Et si je ne voulais pas de cure?

(An English version of this item can be found on Positive Lite here.)

Cet été, on m’a invité à participer à une conférence sur le VIH comme membre d’un panel saisi du sujet en rubrique : « Et si je ne veux pas une hostie de cure? » [ma traduction]. J’ai accepté l’invitation, mais pas sans devoir réfléchir sérieusement sur le titre. N’est-il pas vrai que nous sommes à la recherche d’une cure pour le VIH depuis le début de cette pandémie? Qui suis-je pour remettre ça en question sur le plan large? À la fin, je me suis permis de considérer la question à un niveau assez personnel — pour quelles raisons pourrais-je envisager de refuser une cure pour mon VIH?

Lors des échanges suivant les trois présentations des panélistes, une personne présente nous a rappelé un peu à l’ordre : nous étions tous les trois des hommes gais blancs dans un pays riche. Pas de dépendants, pas de responsabilité pour autrui, pas d’attente d’avoir des enfants dans l’avenir. Ces éléments ont un vrai impact sur la réponse à une question telle que celle qu’on nous a posée.

Donc, pourquoi moi je refuserais une cure qui me serait offerte si je pouvais compter sur une réponse de principe et non pas d’intérêt personnel? J’ai organisé mes raisons en trois niveaux de réflexion.

Niveau personnel

Mes attentes de vie ont déjà été perturbées par le changement qui arrivait avec mon diagnostique de séropositivité. Faisant preuve de résilience, j’ai embarqué dans un processus d’ajustement de ces attentes de ce que me réservaient la vie et l’avenir, et je suis une meilleure personne aujourd’hui, ayant vécu cette réflexion. J’ai souvent entendu des PVVIH parler de l’apport du VIH dans leurs vies — du fait que le VIH a provoqué une nouvelle évaluation de leurs valeurs et de leurs priorités — et je me compte parmi ces personnes, bien qu’il ne s’agisse pas d’un message très efficace pour la prévention. Ce n’est pas un message de prévention, mais une affirmation d’avoir changé de l’eau en vin et d’être très heureux avec le résultat.

Une cure maintenant? Je ne suis pas certain de vouloir retourner en atelier, de repartir la machine et de voir ce que je peux produire comme nouveau changement, de ne plus être séropositif quand je pensais que je le serais pour toujours. Plus de 15 ans après mon diagnostique, je me rends compte que le fait de vivre avec le VIH est devenu partie de mon identité. Ça doit expliquer pourquoi ma première réaction aux paroles concernant « la fin du sida » en est une de défense, comme je suis personnellement menacé. (Ça ne me prend pas beaucoup de temps pour revenir à la réalité qu’on parle de mettre fin à l’épidémie et non pas moi.)

Niveau géopolitique

Depuis l’arrivée de traitements efficaces contre le VIH, notre monde a lutté pour l’accessibilité de ces traitements pour l’ensemble des PVVIH qui en avaient besoin. Au moins, on a l’apparence de lutter dans ce sens. Certains efforts ont porté fruit et de plus en plus de PVVIH sont traitées, souvent via la générosité des donateurs, que ce soit des individus ou des pays. Nous ne sommes pas à la fin de cette lutte : plusieurs en Afrique sub-saharienne (à titre d’exemple) n’ont pas d’accès aux médicaments quand ils en ont besoin. L’accès aux traitements de deuxième ligne demeure illusoire dans plusieurs pays. C’était donc une blague dans ce contexte que les lignes directrices de traitement de l’Organisation mondiale de la santé ont été ajustées pour recommander le traitement plus précocement … quand nous n’arrivons pas à traiter le tout le monde qui serait admissible avec les anciens règles.

Voilà une des raisons pour laquelle je trouve difficile l’idée de voyager dans un pays qui vit cette situation difficile. La culpabilité que je sentirais en voyageant avec mes médicaments de deuxième ligne dans des pays où on ne peut que rêver d’avoir ces produits m’empêche de le faire. C’est peut-être un peu spécial pour moi d’éviter de voyager pour cette raison — comme si ne pas le voir veut dire qu’il ne se passe pas — mais j’y ai réfléchi : ne pas prendre mes médicaments ici n’aiderait pas aux gens là-bas et je ne veux pas vanter ma bonne fortune devant les autres inutilement.

Une cure dans ce contexte? Je craigne qu’une cure soit disponible ici et non pas partout dans le monde. Que, comme l’est notre habitude, les gens fortunés du monde auraient accès et les plus pauvres mourraient. Je vis en relative santé avec mes traitements antirétroviraux et je pourrais refuser une cure par motivation politique d’accessibilité universelle — mon refus couterait au système ici et pas dans les pays en développement.

Niveau justice économique

Dans notre système économique actuel, il y en a qui récoltent des profits énormes des traitements antirétroviraux. Nous les appelons des compagnies pharmaceutiques et, bien que peuplées par des personnes qui se sentent interpellées par le bien-être des autres, elles sont des compagnies dont le but et de maximiser les profits et les dividendes de leurs actionnaires. Parfois ces compagnies sont poussées par des forces comme vous et moi et surtout par des gens qui y travaillent jusqu’au point de réduire des prix dans des pays en développement ou d’octroyer des droits de production à des compagnies génériques dans ces mêmes marchés, mais ce n’est pas la vraie nature d’une société à but lucratif. Je ne dis pas ça pour les juger — ou pas plus que d’habitude en tout cas. J’exprime la vérité de leur rôle dans le système actuel.

Il y a eu beaucoup d’investissement dans la recherche d’une cure pour le VIH. Une bonne partie provient des gouvernements, qui ont vraiment fait des efforts récemment et ont investi dans des programmes de recherche de cure. D’autres investissements proviennent du privé, à savoir des fondations et d’autres entités qui devraient être considérés publiques, attendu leur capacité d’octroyer des reçus fiscaux (ceux et celles qui donnent paient moins des taxes). Des compagnies pharmaceutiques privées investissent aussi dans la recherche, mais elles sont aussi adeptes de la stratégie d’acheter des droits aux recherches initialement financées autrement. Et quel est le résultat d’une recherche qui se termine en produit viable commercialement? Des profits privés, presque toujours.

Je suis prêt à gager que les premières « cures » qui deviendront disponibles ne vont pas offrir l’immunité de la réinfection pour ceux et celles qui les prennent. Il y aura donc une immense potentiel de les commercialiser, en particulier dans des pays développés. Et tout ce potentiel, produit de la recherche financée par des fonds publics, parapublics ou privés, mènera à des immenses profits privés. Et ça, pour moi, serait difficile à avaler.

10 October 2008

Friday en français : Changements

J'anticipe plusieurs changements mardi prochain.

Oui, c'est la date de nos élections fédérales, et certains de ces changements que j'anticipe sont reliés à cet événement. Chose certaine : mes parents auront un nouveau (ou une nouvelle) député(e). Facilement prévisible, car leur députée actuelle ne se présente pas. Et il s'agit aussi d'un événement assez heureux. Madame Hinton ayant beaucoup milité contre l'acceptation du mariage entre personnes de même sexe. Chose incertaine : peut-être un nouveau gouvernement minoritaire? Peut-être un autre parti politique à la tête? Pour savoir ça, nous allons attendre mardi soir et les milliers de changements de postes de télévision pour trouver la chaîne qui présente l'information de la meilleure façon en ce moment. Moi, je n'aurai pas de nouveau député et j'en suis content.

Pour moi, le gros changement de cette journée viendra plus tôt. J'ai un rendez-vous avec mon médecin pour faire suite à mes démarches de changer mon régime de médicaments anti-rétroviraux. J'ai reçu par la poste aujourd'hui la lettre de la Régie de l'assurance maladie confirmant leur autorisation de paiement pour la molécule que je veux substituer pour celle qui dérange mon sommeil et aggrave mes expériences de dépression. Tout ce qui reste, c'est d'avoir l'ordonnance émis par mon médecin et le remplir à la pharmacie. Ce qui a vraiment provoqué ce changement pour moi, c'était un épisode de dépression il y un peu plus d'une année. J'ai passé plusieurs jours où je ne pouvais pas prononcer cinq mots en ligne sans pleurer. Comme je suis assez conservateur avec mes traitements, j'ai pris le temps d'explorer mes options et suite à mon choix, le temps de le procurer. Mon approbation reste en vigueur pour douze mois (en effet onze, car l'approbation a pris du temps).

Un peu plus loin, d'autres changements s'annoncent.

À la fin du mois, je quitte mon poste actuel pour devenir directeur général de la coalition dont mon organisme actuel est membre, et où j'ai été membre du conseil d'administration et président au cours des dernières années. Oui, c'est de la continuité pour moi — je suis familier avec les dossiers et la plupart de l'équipe — mais ça représente aussi du changement au niveau de la perspective sur le mouvement que j'aurais à intégrer et ceci sera ma première expérience de travailler presque uniquement en français. Ma première journée de travail officielle est le 3 novembre, bien que je m'implique déjà pour des choses qui ne peuvent pas attendre.

Avec ce changement, j'espère aussi transformer certaines de mes relations de travail en amitié. Une ligne que je n'aurais pas traversée dans le passé s'effacera avec le changement d'emploi. Et j'ai bien dit amitié et pas plus. Nous verrons…

02 August 2008

Friday en français : une sortie bien attendue

Ça fait maintenant quelques semaines depuis que j'ai reçu les nouvelles : après vingt-trois ans ensembles, ma petite sœur et son amie se sont mariées et elles ont enfin annoncé leur relation à mes parents.


Ma famille a grandie et j'en suis heureux

Le mariage a eu lieu dans un petit village où elles demeuraient pendant plusieurs années et sans la participation des membres de la famille, sauf, bien sûr, des membres de leur famille choisie (des amis de longue date avec qui elles restent toujours en contact).

Revenons un peu sur l'histoire de ma famille. Après plusieurs tentatives en personne, j'ai fait ma sortie par lettre en 1981 à l'âge de 21 ans. Je craignais la réponse de mes parents car j'avais entendu des histoires d'horreur de la part de mon entourage et je n'avais aucun indice de la réponse qu'auraient pu avoir mes parents. Tous les deux élevés dans une petite ville en Colombie-britannique, mes parents n'avaient pas abordé le sujet dans ma présence. À la fin, je n'avais rien à craindre : ils m'ont téléphoné le jour où ils on reçu ma lettre pour me dire qu'ils m'aimaient et que rien ne mettait en question leur amour de leur fils. Quelques mois plus tard, ma mère m'avait même dit qu'elle regrettait les occasions à travers les années où elle avait sûrement du m'offenser par des paroles insensibles (pas à ma connaissance).

Il faut souligner cependant que j'ai vécu des années très difficiles avant cette lettre en 1981, mais que la réaction des mes parents a eu un effet très positif pour moi. Sachant que je pouvais compter sur eux, je n'avais aucune hésitation seize ans plus tard, lors de mon diagnostic du VIH-sida, à chercher leur soutien. Ils l'ont offert, comme toujours, sans réserve.

C'est pourquoi donc que ma sœur a du vivre les mêmes difficultés (ou bien des semblables) que j'ai vécu? J'aurais pensé que j'avais posé la geste difficile, de dévoiler ma sexualité dans l'ignorance de la réponse que je pouvais attendre. Elle aurait pu suivre assez facilement, non? Mais non, c'est un sentier que chaque homme gai et chaque femme lesbienne doit faire pour soi-même. Un grand défaut de notre société, selon moi, et un défaut qui mène à des dépressions, des suicides et des comportements destructeurs qui pourraient être si facilement évités.

Elle a commencé avec moi, son frère gai avoué, tout comme moi j'avais commencé avec la sœur qui était étudiante universitaire : des expériences qui devraient offrir la possibilité d'une ouverture d'esprit non pas garantie par une vie dans notre village, à l'abri des changements sociaux de l'époque. Par la suite, c'était mes deux autres sœurs qui m'ont posé la question à plusieurs reprises — « est-elle…? » Je leur ai dit de poser cette question à elle, « …mais vraiment, posez-la! »
Peu à peu nous sommes arrivés au stade où tous les enfants de la famille savaient, mais que personne n'était capable de deviner ce que mes parents savaient. C'est vrai que depuis vingt-trois ans mes parents accueillent son amie (maintenant sa femme!) comme leur belle-fille, et souvent mieux que leur autre belle-fille (mais ça c'est un autre histoire). Mais de temps en temps, mon père ou ma mère laissait échapper un commentaire qui nous faisait dire entre nous « Ils ne savent pas! Comment ça? » D'où la réticence de ma sœur et de ma nouvelle belle-soeur de faire leur sortie plus tôt.

S'il y a en tout ça une lueur d'espoir, c'est la normalisation du mariage entre personnes de même sexe qui s'installe à travers le pays. Un peu partout, dans des petits villages tout comme dans les grandes villes, il y a des familles qui se rassemblent pour participer à ces mariages comme observateurs, comme participants et ça devient du quotidien. Ce sont des événements familiaux et non pas des manifestations politiques, et ça, c'est l'évolution qui doit se répéter dans tous les aspects de la vie d'une personne gaie ou lesbienne avant que nous soyons vraiment égaux.


Dans le cas de ma sœur, je regrette qu'elle n'ait pas eu la présence de sa famille lors de son mariage, mais je suis content de pouvoir dire avec certitude que les secrets sont maintenant finis et qu'elle peut compter sur l'entier appui de sa famille. Si seulement on pouvait dire la même chose pour tout le monde.

23 May 2008

Friday en français - Accommodement raisonnable, partie 1

Fin d'un processus parfois difficile parfois intéressant ou début d'un débat qui va dévoiler encore plus les préjugés peu cachés de notre société? C'était le dépôt du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles qu'on peut télécharger en version intégrale ou abrégée ici.



Toute de suite, nous avons eu quelques signes de ce que va faire le gouvernement québécois avec les recommandations : rejet par motion appuyée unanimement par les trois parties représentées à l'Assemblée nationale de la recommandation d'enlever le crucifix du mur en arrière du président de l'Assemblée nationale. Le premier ministre prétend que ce symbole explicitement chrétien représente la culture et l'histoire du Québec et non une religion.

D'autre part, ce même premier ministre — minoritaire, il faut souligner — veut introduire une loi ou des règlements servant à obliger toute personne immigrante de jurer son adhérence à certains principes de base de notre société. Ceci me suggère deux questions : 1 - Est-ce que ces principes comprennent un accueil et une ouverture envers la différence? 2 - Quand est-ce qu'on va obliger toute personne née au Québec de jurer le même respect des principes de base?
hijab
niqab

Le symbole le plus discuté de ce débat est le hijab, la voile portée par certaines femmes musulmanes. Oublie le niqab (qui cache aussi le visage), car ceci est porté par très peu de femmes au Québec, donc le débat à cet égard ne devrait même pas être recevable. Le hijab est beaucoup plus commun et est, sans doute, un symbole de foi. J'ai un ami croyant qui m'a confié que chaque fois qu'il voit une femme portant le hijab, il fait la signe de la croix (un autre symbole de foi). Les réactions qu'il reçoit ne sont pas généralement positives. Ma première réaction était de penser qu'il posait son geste de manière défensive, ce qu'une expression de foi ne devrait pas être, mais je ne comprends pas nécessairement une réaction négative de la part de la femme dans cette situation, car son habillement sert d'expression de foi envers toute personne qu'elle rencontre.

Moi aussi, je me trouve confronté par ces symboles et expression de foi. Je me considère athée, mais je trouve que je tolère beaucoup plus facilement les hijabs, turbans, etc. que les symboles chrétiens. Ça se peut que mon statut de minorité sexuelle m'amène à avoir plus d'empathie pour les personnes des minorités culturelles, mais je suis quand même conscient que la plupart des religions m'excluraient en tant qu'homme gai. C'est peut être l'illustration de l'idiome anglais « familiarity breeds contempt. » J'ai eu plus d'années à construire un manque de tolérance pour les chrétiens, ayant été exposé pendant toute ma vie à leurs croyances.

La pire chose pour moi se trouve à l'intérieur des recommandations du rapport cité en haut. La commission recommande que les policier(e)s, les juges, et les personnes qui occupent des postes semblables aient une interdiction de porter des symboles religieux, alors que d'autres personnes — professeurs, fonctionnaires, etc. — soient libre de le faire. J'ai entendu sur la radio une entrevue avec une jeune femme qui aurait voulu devenir policière, mais qui doit maintenant changer de plan ou abandonner son expression de foi qui est le hijab.

Je trouve ça triste.

11 April 2008

Friday en français : Héros?

Lundi passé, j'ai reçu un honneur conféré par la Fondation Farha. La Fondation Farha décrit son événement comme suit :

Depuis le début de l'épidémie du sida, il y a déjà plus de vingt ans, des milliers de personnes ont démontrés courage, espoir et compassion dans leurs actions afin d'améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA.


Pour une septième fois, la Fondation Farha soulignera l’apport de certains de ces héros québécois. Ces derniers seront honorés lors de la soirée Hommage aux héros pour leurs actions concrètes et nécessaires, combattant sans relâche et de tous leurs âmes cette maladie et les préjugés qui s’y rattachent.

Suite à un appel public de mise en candidature, un comité consultatif a conseillé au comité exécutif de la Fondation Farha ceux et celles qui, par leurs contributions exceptionnelles dans la lutte contre le VIH/SIDA, méritent une reconnaissance publique.

Voici ce qu'on m'a remis :


Il s'agit d'un œuvre du sculpteur et activiste Armand Vaillancourt qui s'appelle Axis Mundi, créé spécifiquement pour la Fondation Farha et cet événement.


Ceci est un rendement d'une des photos qu'ils m'ont demandé d'envoyer en préparation de la soirée. On voyait le rendement en cours sur vidéo pendant que l'animateur de la soirée racontait mon histoire, m'appellant « Keith » à plusieurs reprises alors que mon vrai nom apparaissait sur l'écran derrière lui.

On peut voir sur la page de couverture du programme une petite version de la photo utilisée :


Troisième chose que j'ai reçu : quelques petites minutes devant un micro. Je termine ici avec le texte du petit discours que j'ai prononcé :

Thank you, merci beaucoup.

J’ai de la difficulté à me voir comme héros et je ne pense pas être plus héroïque que bien de gens dans ce mouvement que je vois chaque jour. Je dirais plutôt que j’ai eu le privilège de connaître des personnes qui font preuve de leur courage et de leur compassion à tous les jours. Qu’on m’accorde une place parmi eux — parmi vous — me rend fier.

I am especially moved to know that the people I work with every day at ACCM have thought so much of me as to nominate me for this. That fact alone, from a group of people who have come to be my friends and my family in Montréal, means more to me than anything else.

Comme cette reconnaissance ne signale pas la fin de mon implication dans ce mouvement (et j’espère qu’il n’y a pas trop de déception sur ce point!) et que j’ai un micro devant moi et deux petites minutes pour parler, je me permets de prendre un petit virage vers la politique pour me prononcer sur d’autres enjeux qui nous touchent tous et toutes.

Premièrement, le financement de notre mouvement. Nous nous trouvons devant un gouvernement fédéral qui semble vouloir revenir sur les promesses d’un financement adéquat pour lequel nous avons lutté pendant plusieurs années. Nous devons dénoncer clairement et avec force ce recul.

Le gouvernement n’est pas seul dans son attitude. Le VIH-Sida est devenu presque invisible dans notre société, sauf dans des cas où le public ou bien les institutions publiques veulent réagir avec peur, panique et discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH.

Comment est-ce que nous nous sommes rendus à cette situation? Est-ce le contraste avec ce qui se passe en VIH ailleurs dans le monde, où les ressources alloués sont insuffisantes même au niveau des soins de santé? Est-ce la réussite de la science qui fait en sorte que les médicaments contre le VIH sont de plus en plus efficaces et de moins en moins toxiques? Est-ce que nous, les personnes vivant avec le VIH, font notre part pour sensibiliser notre société, nos entourages, nos familles, ou est-ce que nous contribuons à l’invisibilité du VIH en minimisant son impact dans nos vies et en insistant sur l’anonymat et la confidentialité à tout prix.

La seule façon que nous allons créer une société où il serait impensable de pratiquer la discrimination à l’égard des PVVIH est en prenant une page du livre de la libération gaie et lesbienne : il nous faut sortir du placard — ceux et celles qui peuvent le faire le plus facilement en premier, les autres par la suite — et il nous faut l’appui de nos alliés à toute tournure qui peut nous arriver en s’identifiant publiquement.

J’espère et j'ai confiance que nous pouvons compter sur chacun de vous de jouer votre rôle.

25 January 2008

Friday en français : la rage

Urgence de santé publique à Toronto, parce qu'un chiot acheté dans un marché aux puces est mort de la rage. Une vingtaine de personnes qui auraient pu avoir contact avec les chiots doivent contacter la santé publique pour évaluer s'ils devraient se faire vacciner contre la rage.

L'histoire se lit en anglais ici.


Je n'ai qu'une seule question : qui achète un CHIOT dans un marché aux PUCES?

14 December 2007

Friday en français : préparation

Premièrement (et brièvement, comme ce n'est pas l'objet principal du jour), les chiffres les plus récentes, du 13 novembre :

• Charge virale : indétectable (moins de 50)
• CD4+ absolu : 225
• CD4+ pourcentage : 15%

Sensiblement inchangés depuis la dernière fois.

Mardi prochain je quitte ma belle ville pour une visite chez ma famille en Colombie-britannique. C'est la première fois depuis des années que je vais passer les fêtes avec ma famille et il y a plusieurs habitudes que je dois reprendre pour le faire. Et non, ce n'est pas parce que je n'aime pas ma famille — bien au contraire! Mais j'ai acquis des habitudes de quelqu'un qui passe les fêtes tout seul.

Premier changement : les cadeaux. Ça fait des années que je n'achète pas de cadeaux de noël. Loin de ma famille, non-croyant et seul, il n'y avait pas de raison d'ajouter aux excès de possessions de mes parents, frère, sœurs. J'ai essayé de substituer des « cadeaux » comestibles — des truffes au chocolat de plusieurs sortes que j'ai fait moi-même et parfois ma propre recette de biscuits sablés. J'ai même essayé de décourager ma famille de m'envoyer des cadeaux (mes parents ne m'écoutent pas nécessairement sur ce point). Cette année, je serais directement devant eux le matin du 25. On va voir si mes chocolats font l'affaire en personne.

Deuxième changement : voyager en hiver. La dernière fois que j'ai voyagé de Montréal à Kamloops en hiver, c'était assez difficile. Un peu de neige à Kamloops et l'avion est incapable d'atterrir. J'ai passé toute la journée à l'aéroport de Vancouver avec un mal de tête qui augmentait avec chaque annulation de vol vers Kamloops. De plus, j'aurais à craindre que mes voisins vont profiter de mon absence de onze jours pour créer de la glace sur notre escalier commun. (Leur réponse à la neige est de marcher dessus et non pas de pelleter; ça tombe uniquement à moi, la personne malade et plus âgée, d'enlever la neige et la glace.)

Troisième des choses : une longue liste de tâches à accomplir avant d'y aller. Et très peu de temps, donc… au travail!

30 November 2007

Friday en français : la veille

Le 30 novembre 2007. Ça veut dire que c'est la veille de la journée mondiale du sida, la veille de notre deuxième Forum des personnes vivant avec le VIH du Québec, et trois semaines et un jour avant la dixième anniversaire de mon diagnostic du sida.

Mercredi passé, j'ai eu l'expérience de raconter des éléments de mon histoire personnelle du VIH-Sida à des députés de l'Assemblée nationale du Québec, faisant des liens avec les réclamations de la coalition. C'était en effet la première fois que j'ai raconté mon histoire en français, et je pense que je l'ai bien fait. Ma présentation tournait sur la chance que j'ai d'avoir tant d'avantages, en comparaison avec d'autres PVVIH, mais que mon vécu non plus n'a pas été facile. J'espère que c'était aussi efficace que je pensais dans le moment.

Aujourd'hui, j'ai passé deux heures et demie dans le froid dans notre Parc de l'Espoir, le parc dédié au mémoire des personnes décédées du sida au Québec. Premièrement, nous avons installé nos cent huit poupées en papier, représentant le nombre de personnes infectées au VIH depuis la Fête du travail. Vous pouvez voir des photos de notre installation ici et le vidéo qui complète ce projet ici :



(Attention : la page et le vidéo sont tous les deux en anglais!) (Et pour ceux et celles qui veulent savoir, ce n'est pas ma voix.)

Suite à ça, des discours et l'installation de plaques commémorant un des fondateurs dudit parc, décédé il y a cinq ans.

Demain et le lendemain, on va espérer passer des journées agréables de partage d'expériences entre personnes vivant avec le VIH de tous les coins du Québec. Bien que ces expériences soient souvent difficiles, le partage fait toujours du bien. C'est réaffirmant, et il n'y a personne qui peut sortir d'un tel exercice sans me sentir énergisé et validé.

Et maintenant pour préparer mon allocution d'ouverture du forum….

09 November 2007

Friday en français : sans abri?

Non, je ne suis pas dans la rue, sans domicile. Mais je suis dehors mon bureau avec deux tiers de mon personnel, et ça ne fait pas mon affaire. Pas du tout.

Qu'est-ce qui est arrivé? Voici l'histoire en format court…

Mon organisme communautaire occupe des locaux dans le sous-sol d'un immeuble historique de la Ville. Les autres étages logent plusieurs autres organismes sida et/ou LGBTQ.

En 2005, nous avons signalé à la Ville une bosse dans le mur de notre bureau. Deux ans plus tard, ils répondent en visitant les lieux et en enlevant le plâtre afin de mieux voir le problème. Ils prennent deux autres jours pour déterminer quoi faire. Ensuite, ils arrivent à l'immeuble pour annoncer que tout le monde a deux heures pour quitter les lieux.

Deux ans, deux jours, deux heures.

Si seulement la résolution aurait pris deux minutes…

02 November 2007

Friday en français : la déception de la réussite

C'était en écoutant mes messages téléphoniques hier soir, suite à une longue journée de travail, que j'ai appris que j'avais enfin gagné mon point. Un message en provenance du camelot qui depuis longtemps me livre quotidiennement un journal non voulu, avec un numéro pour lui rappeler. Je lui ai rappelé et il m'a expliqué qu'il les livrait à mon voisin (ce qui n'explique pas que le voisin n'en voulait pas, et les déplaçait devant ma porte à tous les jours).

Le camelot étan
t plus raisonnable que j'aurais soupçonné (ayant une image de quelqu'un qui me livrait les journaux pour m'agacer), il a accepté l'explication et il m'a promis de ne plus livrer ce journal. Avec ça, le problème est résolu et il n'y avait pas de journal ce matin.

Pourquoi donc la déception?

Premièrement, je me suis trouvé dans une situation qui m'a amené à annuler mon abonnement au journal anglophone les fins de semaine, ce que j'ai aimé.

Deuxièmement, peut-être avec plus d'importance pour moi, la résolution a mis fin à ma planification d'action directe pour adresser la situation. Depuis plus d'une semaine, je garde les journaux non voulus et j'avais l'intention de me rendre aux bureaux du journal que je ne voulais pas pour « livrer » ce que je ne voulais pas recevoir. Il ne me reste plus de raison à continuer avec ce plan — en effet, il est contre-indiqué — et je n'aurais jamais la satisfaction de l'avoir fait.
Mardi prochain je sortirai dans mon sac de recyclage tout ce qui reste de mon projet de manifestation.